Boa Vista : un Sahara au milieu de l’océan.

 

Mercredi 28 mai : Nous quittons Palmeira vers 10h00 : cap au 175° ! Les conditions sont idylliques : soleil, chaleur et vent de nord-est d’environ 15 nœuds. Tass avale rapidement les 40 miles (74 km) pour aller jusqu’à Sal Rei, la capitale de Boa Vista.

Le paysage que nous découvrons en cet fin d’après-midi est assez différent de celui de Sal. Boa Vista est également une île à faible relief (Sal culmine à 405m et Boa Vista 387m). Mais ce qui la rend si particulière, ce sont ses longues dunes de sable qui s’étendent sur une grande partie de son littoral. L’harmonie des douces pentes de sable blanc tombant dans une mer turquoise se décline à perte de vue !

Nous posons la pioche derrière l’îlot de Sal Rei. L’inconvénient de Boa Vista est que la zone de mouillage est très éloignée de la côte et du village. C’est une expédition à chaque débarquement en annexe : près d’un mile à parcourir contre un vent qui souffle à 20-25 nœuds et contre un clapot très court ! Convaincus d’arriver trempés à terre, nous prendrons la sage option de partir en maillots de bain avec de quoi nous changer dans le sac étanche. Le hors-bord 3,5cv de notre petite annexe avance bon-an mal-an et, au bout d’une vingtaine de minutes, nous approchons enfin du quai de Sal Rei, trempés cela va sans dire ! Nous nous rendons tout d’abord au Bureau de la Police du Port pour signaler notre arrivée et régulariser notre situation. Formalité rapidement expédiée, nous voilà libre de nous promener !

Découverte par les Portugais en 1460, Boa Vista ne sera peuplée que 40 ans plus tard par quelques bergers. A l’instar des autres îles de l’archipel, Boa Vista va se transformer en plaque tournante du commerce triangulaire entre le Portugal, l’Afrique de l’Ouest et le « Nouveau Continent ». Tissus, bois, canne à sucre sont les produits les plus échangés. Le Cap Vert servira malheureusement également d’escale au sombre commerce d’esclaves, que les Portugais faisaient venir massivement depuis le Sénégal ou la Guinée.

Tout comme Sal, Boa Vista connaîtra une période prospère grâce à l’extraction du sel. Cette activité sera délaissée au cours du 19ème siècle, ne laissant plus que la pêche, l’élevage et un peu d’agriculture pour assurer la subsistance de sa population. Cette île a traversé de grandes périodes de misère au cours de son histoire et ses habitants n’ont pas hésité à se transformer en naufrageurs pour faire face à la famine. On raconte que les insulaires avaient coutume d’attacher des lanternes à la queue des ânes et de les promener sur le long des récifs afin de tromper les navires, et de les amener à la côte pour en piller la cargaison. Même si cette coutume n’a plus cours aujourd’hui, il n’empêche que la navigation le long de ces côtes reste toujours délicate, notamment en raison des forts vents et courants, des nombreux hauts-fonds et d’un mauvais positionnement de l’île sur les cartes marines.

Vers la fin des années 2000, l’île trouvera un regain économique en exploitant le potentiel touristique de ses belles plages. Les « resorts » y sont moins nombreux qu’à Sal, mais l’essor du tourisme est phénoménal. S’il a eu un impact positif sur l’activité économique, ce boom génère néanmoins des problèmes au niveau environnemental. Outre la gestion des déchets et l’assainissement, les déplacements et les activités des touristes ont particulièrement préoccupé les autorités ces dernières années , et plus particulièrement l’utilisation des quads . Le passage constant de ces véhicules à certains endroits a un impact important sur la biodiversité et sur l’érosion des sols : les rares zones cultivées sont abîmées, les plages et les dunes sont modifiées, les lieux de nidification des tortues sont régulièrement détruits (Boa Vista est le troisième site de ponte pour les tortues caouanes, après l’île de Massirah / sultanat d’Oman et les Keys en Floride). En nous promenant dans l’île, nous réaliserons combien il est compliqué de concilier tourisme de masse et préservation de l’environnement, tout en respectant l’équilibre de vie des populations. Difficile pour un État, dont le financement repose essentiellement sur l’argent envoyé par les émigrés et sur l’aide internationale, de jongler avec tous ces paramètres quand autant de millions sont en jeu ! Sal et Boa Vista sont à nos yeux de îles « martyres », sacrifiées aux investisseurs étrangers pour mieux protéger les autres îles de l’archipel !

Sur les cinq jours de notre escale, la météo ne nous laissera que peu de répit pour nos promenades à terre. Le vent s’est renforcé après notre arrivée et ce sont 25 à 30 nœuds de nord-est qui nous cloîtrent à bord. Le mouillage a l’air de bien tenir mais nous ne sommes pas suffisamment confiant pour quitter le bateau et partir batifoler dans les dunes. Alors nous prenons notre mal en patience, subir les fureurs d’Éole faisant parti des petits désagréments du voyage en voilier. Les jours suivant, le vent se fera légèrement plus clément et, par précaution, nous installerons un second mouillage avant de quitter le bord pour faire une grande balade à terre.

Notre but est d’atteindre le Désert de Viana. Nous traversons tout d’abord Sal Rei, ses jolies rues pavées et colorées, bordées de commerces. A la sortie de la ville, nous sommes surpris de tomber sur un bidon-ville : des constructions de fortunes au milieu d’un grand dépotoir, qui sert de latrines aux habitants. Nous sommes choqués par tant d’indigence alors que, non loin de là, des touristes se prélassent au bord de la piscine d’un hôtel confortable et luxueux. Les fondations d’un programme de construction de logements sociaux commencent à sortir de terre face à ce ghetto. 300 et quelques logements viendront d’ici peu (espérons-le) estomper légèrement des inégalités si criantes. Nous continuons notre route au milieu d’une palmeraie peuplée d’ânes sauvages, sorte d’oasis au milieu d’un désert rocailleux, chauffé à blanc par un soleil de plomb.

Arrivés à Rabil, nous nous offrirons un copieux déjeuner cap-verdien. Depuis la terrasse de notre petit restaurant, nous pouvons admirer les longues dunes de sable blanc venu du Sahara. Les dunes ondulent, plissées par le vent, bordées par une terre pierreuse et aride. Avec les rondeurs voluptueuses, elles apportent une note de douceur à ce paysage désolant de stérilité. Le fond de la vallée d’Estancia de Baixo, village qui jouxte le désert, fait mine d’écrin de verdure au milieu de ce camaïeu ocre. Estancia de Baixo est un village plein de charme et nous nous délectons d’avoir opté pour la marche à pied, qui nous permet de bien nous imprégner de ce lieu hors du commun. A quoi bon chevaucher un quad à toute vitesse ou se faire chahuter dans un pick-up quand la substantifique beauté du paysage ne peut se révéler que par sa contemplation  ? Ces moments sont si précieux et on se sent comme des privilégiés face ces pauvres gens qui courent d’un lieu touristique à l’autre. Notre fortune, c’est d’avoir le temps de prendre notre temps !

Notre retour à Sal Rei se fera en « Aluguer Pick-Up » (transport collectif local). Chargés dans la benne du 4×4, nous sommes une petite dizaine à nous cramponner à la carrosserie, cheveux au vent : une expérience ébouriffante !

Le lendemain, nous décidons de partir à la découverte du petit îlot derrière lequel nous sommes mouillés. La richesse et la beauté des fonds nous avait été vantée par une vieille connaissance de Jérémie que nous avions retrouvé à Sal. Malheureusement pour nous, la visibilité sous l’eau est médiocre et le courant un peu trop fort. Et pour parfaire notre déception, lorsque nous débarquons sur la belle plage de cette île déserte, deux catamarans de Day-Charter déversent plus d’une centaine de touristes pour un apéro pieds dans l’eau ! Adieu coquillages et crustacés sur la plage abandonnée…

Pour notre dernière soirée à Boa Vista, nous ferons la rencontre d’une partie de la communauté francophone de l’île qui se retrouvait ce soir là pour l’inauguration d’un hôtel/bar/restaurant, la « Boaventura ». Dans le quartier Farinaçao à deux pas de la plage, François, un français dans la trentaine, ouvre les portes de sa guesthouse. Il a convié tout le quartier et offre un superbe buffet pour fêter l’événement. On nous fait visiter l’établissement : 7 chambres qui donnent sur une grande cour intérieure à l’ambiance cosy, meublée de confortables canapés, de tapis et de plantes ; juste au dessus, un immense toit terrasse avec probablement l’une des plus belles vues sur la baie de Sal Rei. Tout y est, bel éclairage, bonne musique et ambiance décontractée où européens et cap-verdiens se retrouvent. Une belle soirée et une belle adresse pour ceux qui seraient de passage à Boa Vista.

Lundi 2 juin, l’heure du départ a sonné, nous devons retourner à Sal pour accueillir mes parents. 8h00 : Jérémie descend à terre pour faire notre sortie de l’île tandis que je prépare le bateau pour naviguer. Les heures passent… 11h00 enfin le voilà de retour ! Nous avions prévu de partir tôt pour arriver avant la nuit à Sal, mais c’était sans compter sur l’inertie du lundi matin cap-verdien, sorte de prolongement du dimanche soir… Mais qui sait, peut être que sans ce contre-temps administratif, nous n’aurions pas eu l’immense joie de pêcher un superbe thazard de plus de 15kg ! Belle navigation et belle pêche, nous arrivons à Palmeira vers 20h30 fiers de notre première prise !

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