Escale au Cap Vert , le charme métissé du « petit pays » de Césaria.

Avec beaucoup de retard, maintenant que nous sommes arrivés de l’autre côté de l’Atlantique et que nous nous alanguissons dans les eaux chaudes et cristallines de la Caraïbe, nous allons enfin essayer de raconter cette envoûtante escale que nous avons faite au Cap Vert.

L’Île de Sal : un désert peuplé de douceur.

La chronologie de notre voyage s’était arrêtée à notre arrivée au mouillage à Palmeira, sur l’Île de Sal, le 20 mai 2014. Contrairement aux autres navigateurs qui arrivent des Canaries, pour nous qui venons de passer deux mois et demi au Sénégal, la première impression lorsque nous touchons terre, est d’arriver dans un pays qui ressemble beaucoup plus à l’Europe qu’à l’Afrique. Le désordre qui saute aux yeux des européens fraîchement débarqués en zone sub-saharienne, nous apparaît comme étant une petite fantaisie dans un village propret, aux rues bien pavées, avec de jolies petites maisons colorées, disposant de l’eau courante et de l’électricité.

Cette impression se confirme lorsque nous allons voir la Police du Port pour effectuer notre entrée dans le pays. Bon, évidemment ce n’est pas parfait, le bâtiment est un peu décrépit et les bureaux manquent de mobilier, mais les policiers ont de vrais uniformes, disposent d’un équipement informatique et, le plus important de tout, ils ne nous font pas tourner en bourrique pour nous faire remplir un formulaire. (Pour info, il faut leur laisser les papiers du bateau qui sont restitués lors du départ contre la somme de 700 Escudos, soit 7€)

Pour finaliser notre entrée dans le pays, nous nous rendons ensuite à l’aéroport international qui se trouve à Espargos, capitale de l’île. Moyennant 50 Escudos (0,50 €), un taxi collectif, résonnant aux rythme cadencé d’un funana endiablé (musique locale), nous emmène à Espargos, non sans avoir fait trois fois le tour de Palmeira pour remplir le minibus. A l’aéroport, les douaniers nous accordent un visa touristique de 3 mois pour 500 $ Escudos (soit 5€), vraiment donné en comparaison des 50€ du Sénégal. En revanche, lorsque nous reviendrons par avion au Cap Vert en octobre, nous aurons la mauvaise surprise de devoir payer 2500 $ Escudos (soit 25€) un visa touristique valable un mois seulement ! Sacré différence qui favorise indéniablement les navigateurs !

Nous passerons une semaine à Palmeira, en alternant remise en ordre du bateau, balades à terre et apéros (et petits cafés du matin ! ) chez Arminda. Arminda est une figure de Palmeira. Son bar est la plus vieille enseigne de la localité, et son sourire, sa douceur et ses caïpirinhas figurent parmi les plus beaux souvenirs de notre escale au Cap Vert. Arminda se partage la vedette avec Belleza, qui a envoûté nos estomacs avec ses « pinch », des brochettes de porc marinées (recette secrète…), qu’elle fait griller sur un BBQ devant sa maison tous les samedis et dimanches soirs. Ces fameux « pinch » nous a fait retarder notre départ plus d’un fois au cours de notre long séjour et multiples escales à Palmeira.

A Palmeira disons qu’on trouve l’essentiel : des petites épiceries, pas moins bien approvisionnées, ni plus chères qu’ailleurs sur l’île ; des vendeuses ambulantes pour les quelques fruits et légumes qui arrivent par bateau des autres îles ; un grand magasin d’outillage « Socol » le mieux achalandé de l’île, voire de l’archipel !; une fontaine publique, ouverte le matin jusqu’à 13h, pour refaire le plein d’eau (17 Escudos soit 0,17€ pour 30 litres) ; des sanitaires publiques pour profiter du confort d’une vraie douche moyennant 30 $Escudos (soit 0,30€) ; des pêcheurs à qui on peut acheter directement leur pêche et, surtout, le plus remarquable, un nombre invraisemblable de bars et de « Mercerias » qui font débit de boisson. On a calculé qu’en une soirée il était impossible de faire la tournée de tous les bars de Palmeira sans risquer un coma éthylique, raison suffisante pour nous nous cantonnions à aller chez l’incontournable « Arminda », et lors de notre retour en octobre, au « Barlavento », pari osé de deux jeunes français qui ont investi leurs économies et un an de patience pour ouvrir un bar au Cap Vert !

L’accueil chaleureux et la douceur de vivre de Palmeira font oublier le charme aride et désertique de Sal, mais aussi son étrange ubiquité. Sal est une petite île d’origine volcanique qui s’est transformée au cours des siècles en plaine désertique, suite à l’érosion et au manque de précipitations. Découverte par les Portugais en 1460 et baptisée Plana (plate), son aridité a rendu son peuplement tardif, car ce n’est qu’au XIX ème siècle que les premiers habitants s’y installèrent pour cultiver l’or de l’époque : le sel. La saliculture, qui a conféré à l’île une certaine importance économique, a été pour ainsi dire complètement abandonnée depuis les années 70. L’or qui contribue aujourd’hui à l’essor de l’île, c’est la longue plage de sable blanc qui borde Santa Maria. Les hôtels s’y multiplient pour satisfaire la demande croissante des Tours Operators, pour qui le Cap Vert offre une alternative low-cost aux pays d’Afrique du Nord, dont les problèmes politiques et sécuritaires ont considérablement freiné la fréquentation touristique. Décrite comme la Caraïbe Africaine, pour ces 5 km de sable fin bordés d’eau turquoise, Sal sacrifie son âme et se laisse envahir par des milliers de touristes européens. Déambuler dans les rues de Santa Maria a de quoi mettre un peu mal à l’aise, le contraste entre l’opulence du bord de mer s’accommode mal avec la quasi pauvreté de la population cap-verdienne qui vit de l’autre côté de la rue. Ces deux visages de Sal, nous le ressentirons à Palmeira également.

Car Palmeira, de 9h00 à 13h00 se transforme en zoo. Les attractions touristiques n’étant pas légion sur l’île, la visite de ce village constitue le clou de la balade. Ainsi, ce sont des centaines de gogos occidentaux, souvent gras comme comme des cochons, vulgaires et irrespectueux envers les locaux, qui s’offrent un « safari » dans la vraie vie cap-verdienne en quad, en 4×4, ou en mini-bus, et qui mitraillent la population de leurs appareils photos ! C’est le tourisme de masse dans ce qu’il a de plus écœurant. Une intrusion aussi massive dans le quotidien des habitants de Palmeira est une gêne qui se répète chaque jour. Chaque jour, nous voyons des femmes cacher leur visage pour échapper à l’objectif du touriste qui n’a même pas la politesse de dire bonjour ! Et le plus indécent dans tout ça, c’est que personne à Palmeira ne profite de cette invasion, les touristes passent, photographient et remontent dans le bus pour continuer l’excursion. Forts d’une technique de vente infaillible, seuls les vendeurs à la sauvette sénégalais réussissent à tirer profit du troupeau quotidien. Le vendeur sénégalais, d’une sympathique et collante insistance, vous fait un cadeau et ensuite, ne vous laisse comme seul échappatoire que de plier et de lui acheter un bibelot ou bijou de pacotille pour se libérer de son emprise. Le passage par le Sénégal nous a blindé, et les quelques mots de wolof que nous échangerons avec certains « gentils pots de colle » nous permettront de faire de belles rencontres, et d’apprendre à mieux connaître le difficile quotidien dans lequel ils vivent et font vivre leurs familles restées au pays.

Nous profiterons de notre escale pour visiter Pedra de Lume, site touristique par excellence que nous aurons la chance de visiter seuls, sans la cohorte de « pinpins ». Nous prenons l’option sportive : un peu plus d’une heure de marche sous un soleil ardent, dans un désert battu par les vents. L’intérieur de l’île est tout aussi lunaire que la côte que nous avions pu observer lors de notre arrivée par la mer. Pas un arbre, pas une herbe, des cailloux et du sable au milieu desquelles quelques buissons survivent sur cette terre où il ne pleut pas. On se demande bien qui a eu l’idée de baptiser l’archipel Cap Vert ! A Sal, en 2014, il n’a plus qu’une journée en septembre, et pour la population, c’était une bonne année pour la pluie, car il arrive qu’il ne pleuve pas pendant trois ans. Malheureusement, nous étions en France quand il a plu. Nous n’avons donc pas pu assister à la liesse populaire qui accompagne un tel événement !

Sahel océanique, le climat semi-aride du Cap Vert est fortement tempéré par l’influence océanique des Alizés (d’octobre à juin), et par la mousson de juillet à septembre, porteuse de pluies plus ou moins abondantes. Comme les autres États sahéliens, le Cap Vert est la victime séculaire de sécheresses redoutables et dévastatrices, causant des famines meurtrières jusqu’en 1949 et provoquant une émigration massive de la population. Il en résulte qu’aujourd’hui, on compte plus de cap-verdiens vivant à l’étranger que dans l’archipel (environ 700 000 hors du Cap Vert, pour 500 000 insulaires) !

Arrivés à Pedra de Lume, nous découvrons un village qui ressemble fortement à un coron, mémoire de l’époque où la saline était exploitée par une société française. Pedra de Lume était fin XIXème siècle le fleuron de la production de sel sur l’île. Surplombant le petit port de pêche encore très actif, les ruines des entrepôts et du téléphérique, prévu pour acheminer le sel, sont les derniers témoins d’une époque où le commerce était fleurissant. Nous continuons notre promenade jusqu’au cratère du volcan dans lequel se trouve les salines. Nous butons sur la guérite du gardien qui nous demande 5€ pour visiter le site ; une somme colossale pour le Cap Vert quand on sait qu’un bon salaire mensuel ne dépasse pas les 300€. On grince un peu des dents, le tarif est excessif mais notre curiosité est plus forte. Et nous aurons de la chance, les derniers touristes sortent du site quand nous y entrons. Le spectacle est impressionnant, nous nous trouvons dans une caldeira d’environ deux kilomètres de diamètre, au fond de laquelle se trouvent les salines. Aujourd’hui seule une infime partie du site est encore exploitée, le nouveau business étant le SPA qui propose des soins haut de gamme avec le sel du volcan. Une zone de baignade est ouverte au public et nous ferons l’expérience de barboter dans une eau chaude hyper salée, et dans laquelle on ne peut pas couler. A notre sortie de l’eau, nous sommes en croûte de sel, prêts à passer au four ! Bilan de l’excursion : l’entrée est un peu chère mais le lieu est hors du commun, dommage qu’aucune explication ne soit donnée sur l’origine de cette résurgence d’eau de mer dans le cratère, ni sur l’histoire de l’exploitation de la saline.

Dans la rubrique des visites, nous ferons une autre balade jusqu’aux piscines naturelles de Buracona, intérêt plus que limité pour ces bassins verdâtres qui n’incitent pas vraiment à la baignade. En octobre, notre promenade à Terra Boa sera en revanche bien plus intéressante. Curiosité du lieu : les cap-verdiens tentent de faire sortir de terre un peu de verdure. Pas évident de travailler une terre aussi sèche, mais les champ sont laborieusement entretenus et les pieds de haricots ne sont pas si rachitiques. Les récoltes ne suffisent évidemment pas à nourrir l’île.

Heureusement la mer offre une ressource bien plus abondante, et constitue, avec le tourisme, la principale activité de l’île. Nous sommes ébahis par le courage et l’habileté des pêcheurs cap-verdiens. La mer est dure, le matériel de pêche est rudimentaire, les barques ne dépassent pas 5/6m, et malgré tout, chaque jours, des marlins monstrueux, des thons, des requins marteaux sont débarqués sur le quai. Nous nous régalerons de poisson frais presque à tous les repas !

Cette première semaine à Palmeira nous a ravi. Le charme n’est pas à chercher dans la beauté des paysage mais c’est la douceur et la gentillesse des habitants qui font de Palmeira une escale vraiment incontournable.

Mercredi 28 mai, après une semaine bien remplie, nous quittons temporairement Sal pour aller visiter l’île de Boa Vista, qui se trouve à 40 miles dans le sud. (La suite dans un prochain article…)

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