CASAMANCE : BALADE SUR LE FLEUVE ET SES BOLONGS

Deux mois et demi au Sénégal, c’est long à résumer… car après notre immersion dans le village de Djilapao, nous avons mis cap sur la rive sud du fleuve.

De Pointe-Saint-Georges à Carabane

Le moteur démarre au quart de tour pour quitter Djilapao. 5 h de navigation pour aller jusqu’à Pointe Saint Georges. Nous n’avons réussi à pêcher qu’une sterne (oiseau marin), qui s’est sortie de cette mauvaise posture toute seule. La ligne remballée pour éviter d’autres drames ornithologiques, Tass se transforme en bateau-taxi, prenant en remorque deux petites pirogues qui se rendaient à leur campement de pêche. Bien qu’enfumés par nos gaz d’échappement, nos quatre pêcheurs ont le sourire jusqu’aux oreilles, notre passage providentiel leur épargnant quelques heures de fatigue à la rame. Quand nous les larguons juste avant Pointe Saint Georges, ils nous demandent quand repasse le « bateau-taxi » pour retourner vers Ziguinchor…

Nous mouillons devant le village. Le vent se lève dans l’après-midi, et, avec la marée descendante, le clapot rend le mouillage inconfortable et le débarquement en annexe très humide. Nous aurons la mauvaise surprise de retrouver Tass, à demi-échoué sur la plage quand nous rentrerons de notre soirée chez Gigi et Clara, qui ont un petit campement dans le village. Fort heureusement, nous réussissons à nous déséchouer et à mouiller un peu plus loin. Le lendemain, contre toute attente, nous trouvons un acquéreur pour notre frigo. Les nouveaux réservoirs d’eau nous ont contraint à désinstaller le frigo qui ne trouve plus sa place à l’intérieur du bateau. 90 000 CFA (135 €) pour notre frigo, une grosse somme pour le Sénégal, mais le chef du village nous sort la liasse de billets sans difficulté : incroyable ! Nous nous engageons à revenir la semaine suivante pour procéder aux branchements électriques et vérifier que tout fonctionne.

Nous continuons notre route vers Carabane. Ismaël, le neveu du chef de Pointe Saint Georges, se joint à nous pour ce bout de route. Située à l’embouchure du fleuve, cette île est l’ancienne capitale de la Casamance, un joli village bordé d’une belle plage. Les ruines de la « cathédrale », l’ancien cimetière et quelques grosses bâtisses sont les derniers vestiges du passé colonial de l’île. Nous y retrouverons par le plus grand des hasards Mamadou et Jean-Paul, deux vielles connaissances de Jérémie. Ils pratiquent la pêche à la palangre et nous invitent à venir passer une journée en leur compagnie. Un filet dérivant en piteux état leur sert à pêcher les petits poissons, qu’ensuite ils accrocheront aux 500 hameçons de leur palangre. Mais la récolte est maigre, ils ne pourront pas cette fois-ci barrer le fleuve d’une rive à l’autre (2 miles), faute d’appâts. Poser la palangre est une opération délicate qui implique une bonne synchronisation entre le barreur, et ceux qui boettent la ligne, pour ne pas se planter l’hameçon dans la main ou faire des nœuds. En attendant la renverse de courant pour relever la palangre, nous pêchons poissons-chats et petits mulets avec des lignes à main. Ces poissons seront vendus à Carabane et permettront aux pêcheurs de se payer le petit confort du quotidien : dose de café ; de thé ; cigarettes ; pain ; crédit de téléphone… Les poissons de la palangre sont quant à eux stockés dans la glacière pour être vendus à Ziguinchor. Mais le fleuve est avare ces temps-ci, sur les 250 hameçons mis à l’eau, nous ne verrons sortir que 6 beaux poissons : carpes rouges, capitaines et gros poissons-chats. L’optimisme et l’amour de la mer de ces deux pêcheurs semble malgré tout inébranlable. Quel dur et beau métier !

Nous assisterons à la toute première escale du ferry « Aline Sitoe Diatta » dans la nouvelle Gare maritime de Carabane. Un moment peut être historique pour le développement touristique de l’île et surtout le désenclavement de la partie sud-ouest de la Casamance. Ce ferry, qui dessert Dakar-Ziguinchor, est le seul moyen de transport maritime de passagers de la région. Il est venu remplacer le tristement célèbre « Joola », qui a fait naufrage le 26 septembre 2002 au large de la Gambie, causant la mort de 1863 personnes. Les autorités sénégalaises ont annoncés pour 2014 l’arrivée de deux nouveaux bateaux, un pour le fret et un autre pour le transport de personnes. Aux dernières nouvelles, la Casamance a reçu en juin un cargo polyvalent, pour le transport de marchandises, baptisé « Djogué ». Les casamançais attendent avec impatience l’arrivée du second ferry, car il faut compter un délai de deux semaines pour obtenir un billet. Espérons  que ce ne soit pas des paroles en l’air, la mise en place de moyen de transports maritimes étant une des clés pour le désenclavement de la Casamance.

Nouvel épisode pour notre saga « les joies de l’administration sénégalaise »

Après quatre jours très agréables passés à Carabane, nous nous enfonçons dans la mangrove et ses bolongs, destination l’Île de Ehidje. Partis comme des fleurs sans carte de la région et sur la base des seuls souvenirs des navigations en pirogue de Jérémie, nous y allons à tâtons pour trouver notre chemin. Il n’est pas évident de deviner où se trouve le chenal, les bolongs sont pleins de méandres, et l’endroit le plus profond n’est pas toujours celui le plus à l’extérieur du virage. Avec nos 2m de tirant d’eau, notre bulbe fera quelques beaux plantés dans la vase. A Elinkine, pour notre plus grand bonheur, nous avons la visite des militaires. L’armée contrôle tout le trafic fluvial, pirogues comme voiliers. Bien qu’ayant présenté des papiers en règle, le chef nous informe devoir procéder à une visite du bateau. La mine un peu renfrognée par ce qu’on commence à vivre comme une quasi « persécution », nous accueillons ledit chef à bord, en ayant au préalable obtenu d’une part, qu’il vienne avec son semi-rigide, car le ponton sur lequel il nous demandait d’accoster était vraiment scabreux, et d’autre part, petite vengeance mesquine de ma part, qu’il se déchausse de ses rangers. Là encore, c’est une scène à mettre dans notre Top 10 des bouffonneries de l’administration sénégalaise, car une fois dans le bateau, le chef me demande candidement : « qu’est-ce que je dois regarder ? Parce que mon chef m’a demandé de faire la visite, mais je ne sais pas ce que je dois chercher. » Je me pince pour ne pas exploser de rire et lui fais donc une visite en règle : le bazar à l’avant, c’est les voiles ; à gauche, le coin pipi, à droite, le coin cuisine, au fond, le coin dodo et voilà vous avez tout vu ! Notre chef ressort enchanté de sa visite et nous laisse reprendre notre chemin. J’aimerai bien savoir quel a été la teneur du rapport qui a été fait au supérieur…

Ehidje, l’Île des Féticheurs.

Les bolongs ont des allures de labyrinthe : ils se ressemblent tous et, avec leurs méandres, impossible de deviner où ils vous amènent. En quittant nos amis les militaires, nous nous perdons, hésitons et finalement rebroussons chemin. Il est trop tard pour espérer trouver Ehidje avant la tombée de la nuit. Nous mouillons donc au milieu du bolong d’Elinkine, sans savoir que nous sommes en fait juste en face de notre destination.

Une petite heure de navigation le lendemain et nous arrivons à Ehidje, l’Île des Féticheurs. Constitué de neuf cases, ce village a été fondé il y a cinq générations par un guerrier malien, grand féticheur. L’île est dite sacrée, car elle refuse ses morts, les corps remontant à la surface après avoir été ensevelis. Le cimetière se trouve donc sur l’île voisine. L’animisme y est encore très présent et, pour un non-initié aux fétiches, il faut être attentif à ce que l’on fait ou photographie pour ne pas commettre d’imper, et ne pas s’approcher de trop prêt d’un objet consacré. Certains indices permettent d’identifier les fétiches, notamment un entassement de bouteilles en verre, des ossements d’animaux, ou un petit autel, autant de restes d’offrandes et de sacrifices déposés ou suspendus dans un arbre, sur la berge de la rivière ou dans une rizière…L’animisme des Diolas n’est pas polythéiste, ils croient en un seul dieu, Atemit, « Maître de l’Univers », à qui ils ne peuvent s’adresser que par l’intermédiaire des fétiches, habités par les âmes des ancêtres. Nous nous lierons d’amitié avec Médard, un jeune enseignant du village. Il aura à cœur de nous faire découvrir son île, ses coutumes, ses habitants, et aussi de nous guider pour ne pas trop troubler la quiétude des fétiches.

Une douce harmonie règne dans ce village. L’île n’a pas de cachet particulier, mais le bien être et l’équilibre de cette petite communauté sont particulièrement perceptibles. Chaque jour, des pirogues débarquent des touristes arrivant du Cap Skiring (haut lieu du tourisme en Casamance) pour faire un petit tour dans le village. Mais ce défilé (15 minutes maximum par groupe) n’a pas l’air de perturber outre-mesure les habitudes des habitants qui affichent une aimable indifférence.

Sous les regards amusés et moqueurs de Médard et Léon (le patron du bar / campement devant lequel nous sommes mouillés, et qui nous accueillera royalement pendant quatre jours), nous nous essaierons à la pêche au crabe violoniste sur la plage, avec un piège mis au point par Jérémie. Nous avons sûrement participé à la sélection naturelle de l’espèce en attrapant les deux spécimens les moins dégourdis de la bande. Car il ne faut pas s’y fier, sous leurs airs pas très finauds et peu farouches, les crabes ont été plus malins que nous. Pour ne pas rester sur un échec, nous nous sommes rabattus sur la pêche à pied, avec beaucoup plus de succès. Deux bons kilos de coques dans le besace, et nous retournons à bord de Tass pour armer notre petite mitraillette avec ces maigres appâts et tenter de pêcher notre dîner. Guère plus brillant que la chasse aux crabes, mais nous finirons par faire un festin avec les coques : des « Pastas alle Vongole ». Le lendemain, Léon nous prendra en pitié, et nous amènera une poignée de crevettes à accrocher à nos hameçons. Après avoir nourri tous les poissons du quartier avec nos crevettes décortiquées, nous en conclurons que la réussite en la matière ne tient pas à la seule qualité de l’appât, mais beaucoup plus au savoir-faire et la motivation du pêcheur.

Lorsque nous irons au puits remplir nos bidons, plus d’une dizaine d’enfants viendra nous aider spontanément au remplissage et au transport de l’eau jusqu’à notre annexe. Impossible de leur interdire de porter ces lourds bidons pesant 10kg, ils marchent fièrement, le bidon à bout de bras, heureux de nous rendre service. On est un peu gênés, ce n’est pas dans nos habitudes de faire travailler les enfants ! Alors, pour les remercier de nous avoir aidés, je mets en route mon atelier de fabrication de colliers et de bracelets. Médard m’avait donné un sac plein de grosses graines noires, appellée « balocor » de l’arbre « boulocor » (essence inconnue sous cette appellation, peut être une mauvaise transcription phonétique de ma part…). En fouinant dans ma boîte à malice, je trouve des boutons multicolores et d’autres graines. Ma petite « Dremel » fait des merveilles, des petits trous vite fait-bien faits, et voilà, 18 colliers et bracelets pour chacun des enfants du village. Un modeste cadeau qui sera le sésame pour notre adoption dans le monde joyeux des enfants de Ehidje.

Voilà déjà quatre jours que nous profitons de la douceur de vivre à Ehidje, nous quittons ce village à regrets, tant la gentillesse et l’ouverture des gens, et des enfants, nous ont touchées. Mais les fétiches de Ehidje ont certainement voulu nous punir de partir aussi vite de leur île. Lorsque nous passons devant le check-point d’Elinkine, les militaires nous demandent à nouveau de nous arrêter et, cette fois-ci, ils ne sont pas décidés à mettre leur bateau à l’eau. Nous devons mouiller, mais cette histoire a bien failli se finir par une petite fortune de mer (ou fortune de bolong ?). Avec un vent contre le courant, Tass évite n’importe comment et notre mouillage s’enroule autour du bulbe de la quille. Impossible de remonter l’ancre, et nous commençons à déraper lentement vers la berge. Pas le temps de mettre le moteur sur l’annexe pour faire pivoter le bateau, nous larguons le mouillage avec un pare-battage, dans l’espoir de nous dégager. Raté, nous sommes toujours prisonniers du mouillage et à moins de quatre mètres de la berge. Dernière chance : envoyer le moteur en marche arrière, en suppliant les saints fétiches de ne pas embobiner le bout du mouillage autour de notre hélice. Ouf, il était moins une, nous avons bien failli nous planter sur la plage ! Le mouillage récupéré, nous continuons notre route, le fiel à la bouche contre ces maudits militaires. Le soleil se couche lorsque nous arrivons à Carabane, et nos amis pêcheurs, Jean-Paul et Mamadou, nous ont préparé une petite soirée : 3 litres de bounouk, le vin de palme !

Nouvelle escale à Pointe-Saint-Georges : des Champs Élysées au chant des sirènes.

Au levé du jour le lendemain matin, nous relevons le mouillage, direction Pointe Sainte Georges. Nous tenterons de faire un peu de voile sur le fleuve, mais le vent est vraiment erratique. Eole se joue de nous, s’amusant à faire tourner le vent au gré des méandres, de façon à ce que nous l’ayons toujours bien dans le nez. Dommage, nous nous contenterons donc de nous faire porter par le courant ! Tass – bateau/taxi récoltera en chemin une petite pirogue de pêche, et les deux occupants nous gratifierons de leurs plus chaleureux remerciements, accompagnés d’une généreuse quantité de poissons.

Nouveau contrôle des militaires à Pointe-Saint-Georges, : on s’y attendait mais, ce à quoi je m’attendais moins, c’était de parler du défilé du 14 juillet sur les Champs Elyzées ! L’un des militaires, avec qui je bavarde un peu le temps que Jérémie présente les papiers, a eu l’immense privilège d’être retenu pour participer à notre grand défilé national. Il me raconte, avec beaucoup de fierté et d’émotion, sa visite de Paris et le grand moment du défilé devant le Président Chirac! En regardant des photos du défilé de l’armée sénégalaise sur internet, je constate que c’est une image très fringante qui est envoyée à l’étranger, pas exactement le reflet de la réalité du terrain : aucune paire de tongs, ni de méduses dans les rangs, pas de débraillés, ni d’avachis ! On raille un peu cette nonchalance au sein de l’armée, mais on préfère largement cette attitude décontractée et, somme toute, bon enfant, à la rigueur martiale, implacable et parfois inquiétante de certains militaires dans d’autres pays.

De retour à Pointe-Saint-Georges, Jérémie procède au raccordement de notre frigo 12V à l’installation solaire de Pierre, le chef du village. N’allez pas vous imaginer un palace, c’est une simple maison traditionnelle en « banco », avec un toit en paille. Pas de fioriture, ni d’excès de confort, le mystère s’épaissit pour nous : comment Pierre a-t-il pu sortir 90 000 CFA aussi vite de sa poche ?… Installation réussie, nous trinquons une bière fraîche à la main pour nous féliciter de cette bonne opération.

Un petit tour dans ce village d’une centaine de personnes, et nous retrouvons Djambar, l’ancien trimaran de Jérémie. Acheté à Dakar en 2004, Jérémie avait embarqué Maodo dans une folle aventure : Dakar-Casamance en trimaran ! Après 30h en mer, l’entrée en Casamance a sûrement été vécue par Maodo, qui n’est pas marin, comme une arrivée en terre promise, car il n’est pas retourné vivre à Dakar. Le bateau a ensuite été cédé à un français, installé à Pointe-Saint-Georges, qui envisageait de l’utiliser comme moyen de transport rapide pour aller vendre la pêche du village à Ziguinchor. Les pêcheurs, avec qui nous avons discuté, nous ont raconté quelques anecdotes amusantes des déboires qu’a connu le projet : du bateau égaré dans le dédale des bolongs, au quasi naufrage ! En piteux état, le bateau est maintenant à l’abandon sur la plage, attendant qu’un nouveau propriétaire se retrousse les manches pour lui redonner un peu d’allure.

A Pointe-Saint-Georges, il y a une attraction touristique peu commune : l’observation des lamantins. Un mirador a été érigé sur la plage pour observer ces gros mammifères marins qui viennent nager dans une résurgence d’eau douce. L’animal est plutôt discret et le spectacle n’a rien de sensationnel. Un nez qui sort timidement de l’eau, l’arrondi d’un dos ou un petit bout de nageoire caudale, c’est tout ce que nous pourrons voir de ces grosses bêtes aquatiques en voie d’extinction. Mais le vrai spectacle, nous l’avons toutes les nuits : le chant des lamantins qui résonne dans notre maison sur l’eau. Un chant plus proche de la lamentation que de la douce vocalise des sirènes, dont l’animal serait à l’origine du mythe, répandu sur toutes les mers du monde. On se demande comment les marins ont pu passer de la lourde silhouette du lamantin à l’élégante et pulpeuse image de la sirène. Une explication peut être : le lamantin portant une paire de mamelle sur la poitrine, on peut facilement imaginer l’animal, émergeant de l’eau, coiffé d’une touffe d’algue et exhibant ses mamelles, autant de cheveux et de seins qui purent frapper l’imagination de marins épuisés, apeurés ou ayant forcé sur les boissons alcoolisées.

Accompagnés de Gigi et Clara, nous partons pour Ziguinchor. Mouillage devant le Perroquet, toujours pas de nouveau voilier à l’horizon, nous attaquons les préparatifs pour notre départ vers le Cap Vert. Provisions et souvenirs (beaucoup de tissus, de perles, de graines…) embarqués, il ne nous reste plus qu’à faire notre sortie du territoire.

Dernier acte de notre saga administrative

L’histoire se répète de manière invariable dès lors qu’il y a une question administrative à régler et que l’on se trouve au Sénégal. A chaque étape, son lot de mauvaises surprises ! Nous commençons par aller à l’aéroport pour faire tamponner nos passeports, puis nous nous rendons au bureau du transitaire pour faire la sortie du voilier. Nous sommes décidément de grands naïfs et d’incorruptibles optimistes, nous qui pensions que la sortie ne serait qu’une simple formalité, un vulgaire coup de tampon. Que nenni ! Lorsque le bougre de transitaire nous annonce qu’il faut débourser 70 000 CFA, l’équivalent de 110 €, pour sortir du pays, c’est un vocabulaire fleuri de jolis noms d’oiseaux qui se bouscule à mes lèvres ! Pas question de se laisser racketter par cet escroc sans protester haut et fort ! L’espiègle roublard nous avait affirmé qu’il ne nous en coûterait que 90 000 CFA pour prolonger notre séjour, laissant même entendre qu’une partie de cette somme pourrait nous être restituée lors de notre départ. Nous voilà bel et bien piégés, contraints de payer pour quitter le pays. Nous réussirons à négocier un rabais de 10 000 CFA, pas plus. La rage au cœur, nous lui jetons sur le bureau cet argent qui ne finira certainement pas dans les caisses de l’État sénégalais. A vouloir respecter scrupuleusement les réglementations nationales, nous payons le prix de notre probité. Fort de cette expérience, nous ferions différemment aujourd’hui.

Ce long séjour au Sénégal laisse un souvenir doux-amer. Nos déconvenues administratives ne sont pas seules responsables de cette amertume. En ville (Dakar et Ziguinchor), la stigmatisation en tant que « touriste bon à plumer », « Européen plein de fric » est pénible, désobligeante. Et cette désignation, tristement irritante, de « toubab », le blanc, aussi bien dans la bouche des enfants que des adultes, nous renvoie à la face les relents nauséabonds de la colonisation. Ces situations quasi quotidiennes altèrent nos relations avec les gens, nous poussant à nous fermer aux autres et à mettre des barrières là où il ne devrait pas y en avoir. Fort heureusement, cette minorité citadine ne peut à elle seule ternir l’inégalable hospitalité et générosité de tout un peuple. Un pays aussi complexe, qui bouscule à ce point nos repères, a obligatoirement plusieurs facettes. Notre mémoire ne gardera que la plus étincelante de ces facettes : la richesse et l’intensité de nos rencontres avec les Diolas de Casamance.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :