ZIGUINCHOR

Lundi 24 mars : Début de semaine en fanfare, l’administration sénégalaise nous lance un nouveau défi. Pour quitter Dakar, nous avons dû faire une déclaration au bureau du port comme quoi nous quittions la Baie de Hann pour aller en Casamance. La charmante secrétaire, à l’amabilité bien camouflée, s’est empressée de tamponner nos passeports sans nous donner plus d’explications : sortie de territoire ! Pourquoi ? On ne sait pas mais nous devons « re-rentrer » au Sénégal en faisant tamponner nos passeports. L’épreuve commence ici : trouver qui est l’autorité compétente pour mettre un malheureux coup de tampon sur nos documents de voyage ? Nous passons tout d’abord au bureau des douanes : pas eux ! Puis, on monte à l’étage dans le bureau du commandant du port de commerce : pas lui non plus, mais il faut quand même se signaler à lui quand on arrive en Casamance. Au moins, ça c’est fait !

Nous allons ensuite au Bureau de la Sécurité Intérieure : encore un sketch de l’administration à la Sénégalaise ! Une poignée de « Toubabs », visiblement irrités, attend devant le bureau depuis un long moment pour obtenir une carte de résident. Lorsque le fonctionnaire passe le nez par la porte, nous nous empressons d’essayer de lui demander si c’est bien ici que l’on fait tamponner les passeports. Nous n’avons réussi à articuler que 2 mots, et sans qu’il nous laisse terminer nos explications, il nous répond texto : « AEROPORT» ! Nous pouvons tout à fait en convenir, il ne sera pas payé plus cher à nous formuler une réponse aimable (avec un sujet, verbe, complément) agrémentée d’un léger sourire. Mais une telle attitude est tout bonnement écœurante. Autant les sénégalais sont accueillants, charmants et souriants, autant les fonctionnaires sont acariâtres et peut être un peu racistes. Ce nouvel épisode confirme l’impression que nous avons depuis le début : certains fonctionnaires sénégalais mettent un point d’honneur à nous renvoyer l’ascenseur de ce qui devait se pratiquer à l’époque coloniale ! Et c’est franchement humiliant et détestable !

Les nerfs à vif nous prenons un taxi pour l’aéroport. Nouvelle déconvenue : le fonctionnaire en charge des sacro-saints tampons n’est là que quand les avions décollent ou atterrissent, et aujourd’hui c’est vers 16h30 que l’on peut espérer le voir. Heureusement, Maodo nous a invité à déjeuner chez lui. Rien de tel qu’un bon Tiéboudiène pour vous changer les idées ! Nous retournerons à l’aéroport, l’humeur et l’estomac apaisés. En moins de 10 minutes, nous ressortons avec les passeports tamponnés par un fonctionnaire qui nous redonnera un peu foi en l’administration.

Ziguinchor est la capitale administrative de la Casamance depuis 1904. De son passé colonial, la ville a conservé des noms de quartiers et certains bâtiments plus ou moins délabrés. Contrairement à Dakar qui grouille de bruit et de monde, Ziguinchor, malgré ses presque 300 000 habitants, est une ville paisible et silencieuse. Nous mettrons à profit notre semaine « citadine » pour terminer les achats de matériaux pour les bricolages que nous avons planifiés ; rendre visite à tous les amis et connaissances de Jérémie, et profiter des animations culturelles de l’Alliance Franco-Sénagalaise. Ce lieu constitue le pôle culturel de la ville (peut être même de la région) : concerts, projections de films et de documentaires, expositions artistiques. Chaque semaine, l’association propose une programmation (francophone) variée pour tout public. L’endroit est agréable et constitue un point de rencontre pour les expatriés. Nous y passerons de très bonnes soirées.

http://ziguinchor.af-senegal.org/

J’occuperai une de mes journées à faire une page internet pour Maodo et son kiosque de pièces détachées. Pas évident de faire de la publicité pour un garage qui ressemble plus à une casse automobile qu’à un atelier de mécanique. Les mécanos sont majoritairement de très jeunes apprentis qui bricolent avec les moyens du bord, et tente de ressusciter des voitures hors d’âge complètement à bout de souffle. Moado est associé au garage en assurant le vente de pièces détachées qu’il achète à Dakar. Dans son petit kiosque, quelques bricoles neuves et d’occasions se battent en duel sur les étagères. On se demande vraiment comment il réussit à faire vivre sa famille avec si peu, d’autant que le patron du garage a souvent profité de sa méconnaissance des prix du marché pour l’arnaquer. L’impact de cette page internet sur l’activité du garage et sur le volume des ventes de pièces détachées sera certainement nul, mais nous n’avons malheureusement pas les moyens d’aider autrement.

http://garagedeziguinchor.wordpress.com/

Avant de partir en vadrouille sur les méandres du fleuve, il nous faut accomplir une dernière formalité. Le Sénégal octroie un passavant, permis de naviguer, d’un mois (au moment de notre départ du Sénégal mi-mai, les rumeurs annonçaient un changement avec la mise en place d’un passe-avant d’un an…affaire à suivre). Nous sommes dans le pays depuis plus de 15 jours déjà et nous comptons rester autant qu’il nous plaira dans les bolongs casamançais. Nous devons donc demander une autorisation d’importation temporaire : notre saga « les joies de l’administration sénégalaise » continue et se jouera en plusieurs actes. On commence par se présenter au bureau des douanes. Le jeune chef douanier nous reçoit dans son bureau : il est au téléphone lorsque nous nous installons, sa conversation non professionnelle s’éternise, alors qu’il est en train de battre son record à « Candy Crush » sur son ordination portable. Nous sommes face à un champion : il est doué d’une concentration à toute épreuve, et résistera sans sourciller à toutes nos tentatives pour attirer son attention. Imperturbable dans son petit jeu, il nous ignore ostensiblement pendant une bonne vingtaine de minutes. « Game over », il était temps qu’il perde sa partie car il ne nous restait plus beaucoup de crédit de patience. Il nous met en relation avec le transitaire qui est chargé de rédiger la lettre pour solliciter l’importation temporaire auprès du Bureau des douanes de Dakar. Leur connivence, tapes dans le dos et bonnes blagues potaches, nous met un peu mal à l’aise, surtout quand ils nous informent qu’il nous en coûtera 90 000 CFA ( 135 €). La démarche est coûteuse mais nous n’avons pas le choix si nous voulons rester plus longtemps au Sénégal. Le lendemain, nous passons la matinée dans le bureau du transitaire pour monter notre dossier. Une nouvelle fois, je regrette de ne pas avoir pu filmer discrètement ce grand moment. Ils sont 4, au milieu d’un joyeux petit bazar, à se partager 2 bureaux dans une pièce de 15 m². La secrétaire, quasiment assise sur les genoux de son patron, recopie au crayon papier les notes de son chef sur le bordereau de douanes, qui sera ensuite transmis au préposé à la machine à écrire pour le mettre au propre. L’autre secrétaire s’exerce à la calligraphie sur les pochettes cartonnées des dossiers, de très beaux pleins et déliés avec des jolis Stabylo de toutes les couleurs : une œuvre d’art à chaque dossier, nous espérons ardemment voir notre dossier passer entre ses mains. Des douaniers s’amusent à faire des irruptions violentes en enfonçant la porte pour faire sursauter tout le monde dans le bureau. Un peu abasourdis, nous attendons patiemment qu’on nous confirme que notre dossier est complet et que nous pouvons sortir de cette maison de fous. Nous devons maintenant attendre la réponse de Dakar pour récupérer nos documents. L’Afrique est une grande école de la patience, car ce n’est que l’acte 1 de notre nouvelle épopée administrative !

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