LA GOMERA – DAKAR / SENEGAL : migration vers l’Afrique !

Un mois de silence sur ce blog, et pour cause, nous avons changé de continent. Nous sommes désormais en Afrique, fini le luxe des marinas avec sanitaires et machine à laver et les bars avec un accès wifi. Nous sommes bel et bien déconnectés. Le Sénégal : notre premier dépaysement intégral depuis notre départ.


Vendredi 28 février : réveil vers 7h00 pour un départ prévu vers 9h. Passage par la boulangerie et la capitainerie, on ôte le taud de la grand-voile, cale tout ce qui risque de voler dans le bateau : tout est prêt ! Stine, notre voisine allemande qui voyage avec son mari et sa fille sur un Baltic 34, vient boire un dernier café avec nous. A mesure que nous discutons, le vent monte et les rafales deviennent de plus en plus violentes, 35 nœuds voire plus. On se questionne : partir maintenant, attendre un peu, reporter notre départ ? Nous savons que les conditions pour partir sont bonnes, la météo n’annonce que 20 à 25 nœuds de Nord-Est. Mais avec de telles rafales, la manœuvre pour sortir le bateau du port peut s’avérer périlleuse. L’espace pour manœuvrer est restreint et la confiance que nous accordons à notre moteur est toute relative. Nous préférons attendre un peu plutôt que de risquer d’abîmer le bateau. Un créneau de sortie se profile à 13h, nous démarrons le moteur et nous échappons rapidement du port de San Sebastian. Comme nous nous y attendions, le vent est bien celui prévu par la météo et nous mettons cap sur Dakar. Avec 20 nœuds de Nord-Est dans une mer un peu agitée, Tass file ses 6 / 7 nœuds sous génois seul.


Le lendemain soir, nous traverserons une zone de pêche où une flottille de gros navires usines ratisse l’océan. Leurs lumières nous éblouissent et nous avons l’impression de déranger… un de ces monstres fait cap droit sur nous, et vient raser notre tableau arrière. Petite sueur froide pour Jérémie qui était de quart. Une fois remis de nos émotions, nous nous questionnerons sur la légalité de leur pêche. L’Afrique de l’Ouest est la région du monde la plus sujette à la pêche illégale (37% de la pêche illégale mondiale). Nous nous trouvons alors dans la Zone Économique Exclusive (ZEE) du Sahara Occidental. En 1975, les colons espagnols se sont retirés du Sahara Occidental et ont laissé en pâture ce pays à ses voisins, le Maroc et la Mauritanie, qui se sont pressés d’envahir ce territoire, alors même que les Sahraouis étaient organisés en un mouvement de libération. La Mauritanie s’est retirée en 1979, renonçant à l’annexion de ce bout de désert, riche en pétrole, phosphate, poissons… Les Marocains, eux, sont restés et exploitent généreusement les ressources, tout en continuant à dénier les injonctions de l’ONU et de la Cour Internationale de Justice, exigeant le respect du droit des Sahraouis à l’autodétermination. Depuis quarante ans, la région est l’objet d’un conflit entre le Maroc, convaincu de sa souveraineté, et de l’Algérie qui a apporté son soutien au Front Polisario, constitué d’indépendantistes. Les opposants au gouvernement marocain continuent de subir une répression violente, dans le plus grand mépris des droits de l’homme. Aucun état au monde ne reconnaît l’annexion du Sahara Occidental par le Maroc. Cela n’a malgré tout pas freiné l’UE et d’autres pays, tel que la Russie, de payer des millions d’Euros par an au gouvernement marocain pour permettre à leurs navires de pêcher dans les eaux du Sahara Occidental. Et les flottilles de pêche croisant dans ces eaux ne sont pas des petits chalutiers, mais des bateaux-usine de 70 à 120 mètres qui épuisent sans distinction toutes les ressources halieutiques. Selon l’ONU, les ressources naturelles du Sahara Occidental ne peuvent pas être exploitées sans tenir compte des vœux et intérêts du peuple du territoire. Les accords de pêche semblent donc devoir être considérés, au sens du droit international, comme illégaux. A cela s’ajoute les « navires pirates », qui viennent piller les eaux africaines sans qu’aucun accord de pêche n’ait été signé. En début d’année, un navire russe s’est fait prendre la main dans le sac au large de la Casamance, alors que le Sénégal n’a jamais autorisé la Russie a pêcher dans ses eaux. Sea Shepherd mène actuellement une campagne d’assistance auprès du Gouvernement sénégalais pour lutter contre ces pilleurs des mers. Le Sénégal avec ses sept cents kilomètres de côte et de nombreuses espèces à haute valeur commerciale comme les requins, les thons, les espadons…suscite les convoitises et constitue une cible privilégiée pour les flottes de pêche pirates venues de l’Europe, d’Asie ou encore de Russie.
Tout ceci nous porte à croire que nous avons peut être été les témoins de l’action de ces pirates modernes qui dépouillent sans modération l’Afrique de ses richesses ? Pour plus d’information sur l’action de Sea Shepherd au Sénégal, voici le lien: http://www.seashepherd.fr/news-and-media/news20140109-fr-01.html

 

Dimanche 2 mars, au levé du jour, nous sommes en régate ! Nous avons un voilier sur notre bâbord, pas d’échange radio avec ses occupants, mais nous ne boudons pas notre plaisir de le dépasser facilement. Cette journée sera riche en rencontres. Un grand banc de dauphins reste à nos côté pendant plus d’une heure. En fin d’après-midi, je serai quitte pour une petite montée d’adrénaline quand une baleine de la taille du bateau sortira à moins de 5 mètres de moi ! La surprise a dû être réciproque car elle a aussitôt replongé et n’est pas ressortie.
Après 3 jours en mer, nous voilà bien calés dans notre rythme de quart : 3 heures la journée – 2 heures la nuit. La mer est toujours un peu agitée avec une houle de 1 à 2 mètres et le vent se maintient au Nord-Est 15 – 20 nœuds. Des conditions de rêve, mais nous sommes quand même surpris de devoir garder bonnets et vestes polaires. Nous avons beau descendre sud, être au mois de mars, le thermomètre ne veut pas grimper ! Nous n’apercevons pas la queue d’un poisson volant : seule la légère brume de sable indique que nous sommes au large des terres les plus chaudes de la planète.
Mardi 4 mars, en fin de journée, le vent commence à mollir. Nous essayons toutes les combinaisons possibles pour garder une bonne vitesse : grand-voile / génois – Grand-voile / génois léger – Grand-voile seule – génois léger seul. Rien à faire, nous acceptons de réduire la cadence à 4/5 nœuds et profitons du calme pour mettre la ligne de pêche à l’eau, prendre une douche sur le pont et fêter le passage du cap des 2000 miles parcourus avec notre bateau !
Nous sommes à moins de 100 miles de Dakar. Le vent faiblissant, nous décidons de tangonner le génois pour continuer à faire cap sur direct tout en gardant une vitesse acceptable. Tass ressemble à un papillon qui aurait déployé ses ailes : une voile de chaque côté et 6 nœuds de vitesse pour 10 nœuds de vent ! Pas mal, mais on grogne quand même un peu de ne pas avoir de spi !


Les oiseaux marins nous confirment que la terre n’est pas loin. Sternes et Fous de Bassan virevoltent autour de nous. L’épaisse brume de sable réduit considérablement la visibilité et, avant même de voir la terre, nous en aurons l’odeur. Notre premier dépaysement sera olfactif : l’odeur du Chourraye, cet encens que les femmes brûlent dans les maisons. C’est cette même odeur, si caractéristique de l’Afrique, qui imprègne tous les produits qui sont exportés vers l’Europe et que l’on trouve sur les marchés en France. A 5 miles des côtes, les Mamelles de Dakar commencent à se dessiner avec plus de précision. Nous slalomons entre les pirogues de pêche. La forme et les couleurs de ces embarcations sont d’autres indices du dépaysement qui s’annonce. C’est notre premier contact terrien depuis 6 jours : les pêcheurs nous regardent passer et on se salut par de grands gestes, le sourire jusqu’aux oreilles !
Nous longeons Dakar que nous apercevons maintenant nettement : immeubles, toits de mosquées, port de commerce. Une des plus grandes villes de l’Afrique de l’Ouest se dévoile progressivement. Nous passons près d’un banc de grands dauphins en pleine chasse : nous les voyons sauter à des hauteurs prodigieuses et seuls 2/3 individus prendrons la peine de venir nous voir. Nous contournons la Presqu’île du Cap Vert sur laquelle s’étale Dakar ; passons à côté de l’Île aux Serpents, contournons par l’Est l’Île de Gorée et tirons notre dernier bord vers la baie de Hann où se trouve le CVD : Cercle de Voile de Dakar – point de ralliement de tous les voiliers de passage au Sénégal.
A 15h, Tass se dandine sur son ancre. Position : 14°42’19N – 017°22’579W ! Nous gonflons l’annexe et filons droit vers le bar du CVD pour fêter notre arrivée avec une bière bien fraîche. 865 miles en 6 jours (6 nœuds de moyenne), nous n’avons pas battu de record mais c’était une belle navigation, avec des nuits généreusement étoilées et des journées bien ensoleillées.

Publicités

4 responses to “LA GOMERA – DAKAR / SENEGAL : migration vers l’Afrique !

  • famille Coste

    On rêve à chacune de vos nouvelles…

  • Famille Gallavardin

    Cool d’avoir de vos nouvelles, on commençait à s’inquiéter! Vous devez être bien dépayser, cette odeur africaine…
    et que faites vous depuis votre arrivée au Sénégal? Bises de la famille.

  • Gallavardin Sonia

    Salut les cocos!
    Votre patience a bien été mise à l ‘epreuve à Dakar! Ct tout de meme assez drole à lire… Merci de nous éclairer sur la réalité de la vie Africaine même si elle n’est pas toujours facile. Je vous souhaite une bonne continuation et d autres belles découvertes. Manue tu as bien fait d enlever les tresses!! Lol
    Gros bisous et au plaisir de vous suivre encore…
    So

  • firstfilou

    Excellent récit ! Merci merci merci

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :