LA GOMERA, LE DOUX PARFUM D’UN JARDIN D’EDEN

Nous remettons un peu d’ordre dans le bateau avant de partir à la découverte de l’île où les hommes parlent comme les oiseaux. La Gomera était initialement la seule escale que nous devions faire aux Canaries. Depuis plusieurs mois, le nom de cette île résonnait dans nos têtes.

Pendant nos vacances au mois de mai, nous sommes en voiture et une chanson à la radio amène le sujet : on y chante l’histoire d’une île « où les hommes parlent comme les oiseaux ». Jérémie a déjà entendu parler de cette île des Canaries dont les habitants ont pour habitude de communiquer en sifflant. En cherchant un peu sur internet, nous découvrons des documents et reportages sur le sujet. Le « Silbo Gomero » est, à travers le monde, le seul langage sifflé connu et pratiqué par toute une communauté, pleinement développée du point de vue économique et social. A ce titre, le Silbo a été classé par L’UNESCO en 2009 au Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité, et est intégré dans l’Enseignement public depuis 1999. Ce particularisme linguistique semble ne pas être le seul centre d’intérêt de l’île ; les paysages filmés dans les reportages sont splendides et les touristes n’ont apparemment pas encore gagné cette partie de Canaries. Assez méconnu en France, nous abordions donc ce confetti de 372 km² avec l’idée qu’il s’agissait d’une terre vierge où, d’après notre vieux guide datant de 2004, seuls 20 000 touristes osaient s’aventurer chaque année.

Bien naïfs que nous étions, les choses changent évidemment en 10 ans, et ce sont en fait 700 000 touristes qui débarquent par an. Mais, ce qui rend cette île si remarquablement attachante, c’est que  l’essor du tourisme n’a en rien faussé l’authenticité de son environnement naturel et traditionnel. Ici, vous ne trouverez pas de grands complexes hôteliers, pas de centres commerciaux, pas de grandes surfaces,  pas de panneaux publicitaires. Les habitants de la Gomera ont réussi ce tour de force en imaginant un tourisme non agressif pour leur milieu naturel et culturel. A l’exception de Valle Gran Rey, qui est une ville à part, on ne trouve que de petites pensions familiales, des petites commerces de détail, et une vie locale très active. L’histoire dit que les Gomeros ont résisté longtemps aux conquêtes hispaniques ; ces fortes têtes donnent aujourd’hui l’impression de se défendre contre l’invasion d’un modèle économique qui broie les identités communautaires, et mondialise les cultures. A La Goméra, on sent une implication totale de la population (25 000 habitants) pour sauvegarder son identité, tout en poursuivant un développement harmonieux et raisonnable.

La topographie de l’île a sûrement contribué à cet état de fait. Les reliefs accidentés ont longtemps été des obstacles à la communication et au développement. Le centre de l’île est constitué d’un plateau culminant à 1487m ; ses flans s’ouvrent vers la mer en un réseau de 38 ravins très profonds, appelés  « barancos ». Les côtes de La Goméra sont toutes en falaises escarpées et peu hospitalières. Les plages de sable noir et les plaines sont rares sur ce bout de caillou tout vert. Le contraste est particulièrement brutal pour nous. La veille, nous quittions un quasi-désert de sable jaune ; le sud de Ténérife, qui se trouve à 30km, est sec comme un Ptit Lu, et nous arrivons au milieu d’un jardin tropical ! Les Canaries tiennent décidément à faire tomber tous les clichés que nous avions sur l’archipel.

La Marina de San Sebastian se situe en plein cœur de la ville. Pour 17 € / jour, le port offre tous les services de base (eau, électricité, douches tièdes, surveillance par un gardien jour et nuit) et accueille de nombreux voiliers de passage. Pendant notre séjour, au moins une trentaine de voiliers passeront dans le port, certains y séjournent déjà depuis plusieurs mois ou semaines.  Nous aurons la surprise de retrouver le voilier « Oiseau de Passage » et 2 autres voiliers avec qui nous avions réveillonné à Gibraltar… notre monde est-il donc si petit ? L’ambiance est plaisante et détendue aussi bien sur les pontons que dans la ville. Seules les violentes rafales de vent rendent ce port un peu inconfortable. L’effet venturi lié à l’orographie de San Sebastian provoque des bourrasques aussi soudaines que violentes, de 10 à 40 nœuds en quelques secondes. On pourrait penser que hors du port, la tempête fait rage mais pas du tout, l’alizé est bien établi avec ses 15-20 nœuds. Nous soupçonnons les Gomeros d’user de cette ruse pour garder captifs les voiliers de passage.

San Sebastian est la capitale de l’île et compte environ 9 000 habitants.  Pour la petite histoire, ce port fut le point de départ de Christophe Colomb, le 6 septembre 1492. Toute la ville tente donc de rattacher tel ou tel monument au passage de cet illustre personnage. Les potins mondains disent que les motivations profondes des escales de Colomb à la Goméra n’étaient pas seulement de s’avitailler en bois, eau et vivres pour ses expéditions, mais plutôt les beaux yeux de Béatriz de Bobilla. Femme d’une grande beauté, elle faisait partie de la cour de la Reine Isabelle de Castille. La Reine décida de son exil à La Goméra, pour y épouser le gouverneur, lorsqu’elle découvrit la liaison de sa courtisane avec Ferdinand d’Aragon.

L’île est un paradis pour les randonneurs et le aménagements sont remarquables. Les sentiers sont très bien balisés, aménagés et entretenus. Deux GR permettent, pour l’un, de faire le tour de l’île, et, pour l’autre, de la traverser de part en part. Un réseau de bus locaux, les « Gua Gua », permet de rejoindre les départs de balade. Nous chaussons donc nos chaussures de randonnées et partons à la découverte du parc du Garajonay. Ce parc naturel fut classé en 1986 au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’UNESCO. Le « Garajonay» se compose d’une forêt dense, souvent bordées par une mer de nuages qui lui donne un aspect magique. Ces brouillards, chargés d’humidité, sont essentiels à la survie de cette forêt, toujours verte, appelée Laurisilva, la forêt de lauriers. Il s´agit d´une relique des forêts subtropicales qui occupaient une grande partie de l’Europe et de l’Afrique du Nord il y a plusieurs millions d’années, de sorte que le « Garajonay » peut être considéré comme un authentique fossile vivant. Nous rempruntons le GR au départ de Las Hayas pour rejoindre Vallehermoso, soit environ 10 km pour un dénivelé négatif de 1200m. La balade fut merveilleuse mais nos mollets et nos cuisses ne nous pardonnerons pas cet excès sportif. Nous avions initialement prévu de randonner le lendemain au départ de Vallehermoso, où nous avions passé la nuit, mais la météo pluvieuse et nos courbatures nous font renoncer et retourner au bateau. 3 jours durant, nous gardons le souvenir douloureux de notre belle balade.

Nous nous régalons de notre liberté et décidons de prolonger d’une semaine supplémentaire notre séjour sur l’île. Remis de nos courbatures, nous pouvons à nouveau envisager partir à la découverte des sentiers de La Goméra. Territoire traditionnellement consacré à l’agriculture et à l’élevage, les pentes vertigineuses des barancos sont sillonnées de murets et de terrasses pour la grande majorité abandonnés aujourd’hui. Les terrasses les plus accessibles sont encore cultivées, et c’est un véritable jardin d’Eden : avocat, pommes de terre, bananes, mangues, papayes, tomates… Une fois le relief dompté, la nature est généreuse et prolifique. Dans les années 1960, l’agriculture représentait plus de 30% du PIB, aujourd’hui, cette part est tombée à 4%.  Le relief accidenté ne permet pas la mécanisation, et seuls de petits motoculteurs peuvent être utilisés pour alléger la tâche des cultivateurs.

Sur les conseils d’autres voyageurs, nous avons visité une partie de l’île que nous avions choisi d’ignorer. Valle Gran Rey était décrit comme étant l’endroit où se concentrait les touristes allemands et où tous les autocars de Ténérife amenaient leurs visiteurs pour la journée. Cette description avait quelque peu freiné notre entrain. Mais la curiosité qui justifie le déplacement est la communauté hippie qui peuple l’endroit. Dans les années 70/80, des communautés Babacool ont débarqué sur l’île et ont commencé à squatter les grottes de Valle Gran Rey. Certains ont senti le vent tourner, et ont troqué leurs chemises à fleur et pattes d’éph pour un costume de business man, en développant hôtels et hébergements touristiques. Valle Gran Rey est aujourd’hui à la fois le coin le plus huppé de l’île (avec Playa de Santiago), et aussi le quartier artistique et culturel. 60% de sa population est d’origine étrangère, majoritairement allemande. On y croise des néo- babacools de la jeune générations, quelques fossiles vivants de cette époque et aussi des familles et retraités venus en vacances : sacré patchwork !

Voilà 16 jours que nous nous extasions devant les paysages incroyables de la Goméra. Nous n’aurons pas réussi à nous initier au Silbo Goméro, mais aurons pu entendre à de nombreuses reprises les gens s’interpeller ou échanger brièvement en sifflant. On se sent tellement bien dans ce coin de paradis qu’une nouvelle fois, il est difficile de se décider à partir. Les Goméros sont tellement charmants et accueillants. Mais nous sommes attendus au Sénégal, et avons déjà bien traîner en route. Alors tant pis pour le Carnaval qui commence le lendemain, nous larguons les amarres, la tête pleine de belles images et de belles rencontres, les cuisses et les mollets raffermis par nos randonnées, et le cœur réjouit de reprendre la mer direction Dakar !

Spécial Bonus : Télécharger gratuitement la sonnerie de portable en Silbo Gomero !!

ttp://www.silbogomero.com.es/index.php?option=com_content&view=article&id=63&Itemid=64

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