FUERTEVENTURA – LA GOMERA : LE BIZUTAGE D’EOLE

Mardi 11 février – 8h00 : Nous quittons le port de Corralejo – Cap sur la Gomera. Encore un départ sous le soleil, 10-15 nœuds de vent de Nord/Nord/Est : les conditions sont idéales !

Pour s’éviter de mauvaises surprises avec les accélérations de vent entre les îles, nous envoyons la grand-voile avec un ris. L’archipel des Canaries est bien connu des navigateurs pour ses effets venturis. La position des îles et leur relief canalisent le vent, et provoquent, dans certaines zones, des accélérations brutales de 5 à 25 nœuds en moins de 200m. Donc prudence !

Tass file aisément ses 6,5 / 7 nœuds. La longue houle de Nord-Ouest nous fait un peu rouler mais la navigation reste confortable. Nous contournons Fuerteventura par le Nord ;et passons entre Ténérife et Gran Canaria pendant la nuit. Le vent monte un peu. Nous sommes plein vent arrière. Au petit matin, nous affalons la grand-voile pour faire route directe sur le sud de Ténérife. Le soleil se lève et nous découvrons le sommet enneigé du Teide.  L’île est rocailleuse et aride. Vue de la mer, aucune végétation ne semble sortir de terre. Seule la neige au sommet du Teide, volcan endormi depuis un siècle, nous confirme que cette montagne aux douces pentes culmine à 3718m. Nous passons la Punta Rasca, pointe sud-ouest de Ténérife vers 9h00. La Gomera n’est plus qu’à 20 miles, cap au 285°. Nous commençons tout juste à distinguer le sommet de l’île qui émerge de la brume. L’air des Canaries est tellement chargé de sable qu’il est presque impossible de distinguer les îles avant d’arriver dessus. Nous pensons alors à ces temps anciens où les premiers navigateurs partaient à l’aventure ; combien ont dû passer à quelques miles seulement de ces îles sans même les apercevoir. Il fallait un sacré coup de chance ou un sixième sens marin bien développé pour trouver cet « archipel à l’éternel printemps ».

Il est 9h30 et il ne nous reste plus que 15 miles à parcourir pour atteindre San Sebastian. Nous avons renvoyé toute la toile, grand-voile et génois léger sur le bout dehors. Mais Eole devient farceur. Cela ressemble presque à un bizutage. Le vent tombe complètement ; plus un souffle d’air, plus une ride sur la mer : c’est la pétole. Nos voiles pendent comme de vieux gants de toilette ; la girouette en tête de mat devient folle et danse la valse ;on se sait plus si on doit virer ou empanner. Tass est complètement arrêté et, en y regardant bien, on commence même à reculer ! Le courant entre les îles est en général de 0,5 à 1 nœud et porte au sud-ouest. Mais entre la Gomera et Ténérife, il peut arriver que ce courant, combiné à la marée, soit de 4 nœuds. Heureusement pour nous, ce jour-là, il s’agit d’un courant léger que notre vieux moteur poussif à réussi à étaler. Tous nos efforts pour faire avancer la bateau sont vains, nous capitulons et optons, à 11h00, pour la risée Volvo afin d’arriver avant la nuit au port. On commence à s’effeuiller, il fait chaud sur le pont. On remet la ligne de pêche à l’eau. Le vent revient un peu ; nous arrêtons le moteur. Mais 40 minutes plus tard, c’est de nouveau la pétole et la « bourrique » doit reprendre du service pendant une heure. Nous ne sommes plus qu’à 7 miles de la Gomera et nous commençons à bien distinguer l’île. Elle est verte ; ronde mais ses reliefs semblent taillés au marteau et au burin. Nous sommes au bon plein, 10-15 nœuds de vent, et Tass semble vouloir rattraper le temps perdu dans la pétole : génois et GV à 100%, on file. Nous commençons tout de même à préparer l’affalage de la grand-voile. La mer, au loin devant nous, commence à moutonner, et les voiliers qui sortent du port ont tous au moins un ris dans leur grand-voile. En quelques minutes, nous passons d’une navigation tranquille avec  les dauphins qui sautent à l’étrave, à une navigation un peu plus sportive : réduction de génois et affalage de grand-voile, dans un vent de 25-30 nœuds. Nous ré-enfilons nos pantalons de ciré et nos vestes polaires. La Gomera ne se laisse pas approcher si facilement.

Arrivés dans l’avant port, le vent tombe complètement et nous suons à grosses gouttes avec nos vêtements polaires. Nous longeons la plage de sable noir bordée de palmiers, des baigneurs pataugent au bord de l’eau dans leur maillot de bain. Les couleurs des maisons de San Sebastian contrastent avec le vert des montagnes qui dominent la ville. Nous n’avons pas mis le pied à terre que nous sommes déjà charmés. Un employé de la marina nous indique notre place et nous aide à nous amarrer. 15H10 : nous pouvons faire taire la bourrique. 187 miles parcourus en 31h depuis Coralejo, ce qui nous donne une moyenne de 6 nœuds. Sans rancœur contre Eole pour ses caprices sur nos derniers miles, nous sommes très satisfaits de notre navigation.

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