FUERTEVENTURA – LA GRACIOSA : FAIRE TOMBER LES CLICHES SUR LES ILES FORTUNEES

Nous abordons les Canaries un peu frileusement, ce n’est pas la température qui nous refroidit ici, mais les a priori que nous avons sur ces îles que nous pensions être envahies, et ravagées par le tourisme de masse. 12 millions de touristes par an, rapporté aux 2 millions d’habitants, ça a de quoi donner le vertige. L’Europe vient toute l’année se dorer la pilule sur les 7 îles qui composent l’archipel des Canaries : 7 500km² d’un territoire aux reliefs sculptés par l’activité volcanique, comptant 40% d’espaces protégés.

FUERTEVENTURA – L’ILE DU VENT
Notre arrivée sur l’île de Fuerteventura, au port de Corralejo, semble confirmer ce que nous pensions : flot continu de touristes allemands, anglais, est-européens… mangeant goulûment des « ice-creams » ; restaurants avec rabatteurs et boutiques de souvenirs kitchs. On est en plein dans le cliché !
Mat et Yoan, qui ont atterri la veille, passent nous chercher au bateau et nous amènent à Cotillo, sur la côte Nord-Ouest. L’ambiance est radicalement différente de ce côté de l’île. Cotillo est un village, dont le développement touristique est raisonnable, pas de grands complexes hôteliers, juste des petites maisons qui se louent à la semaine. Nous passons deux nuits hors du bateau : c’est la première fois depuis 2 mois que nous découchons…


Le lendemain, Mat nous embarque pour une visite des spots de surf de la côte nord. Planches de surf sur le toit de la voiture, c’est par les pistes non bitumées que l’on va chercher les vagues à Fuerteventura. L’archipel des Canaries n’est pas seulement réputé pour ses « resorts » pas chers et le farniente au soleil à longueur d’année, c’est aussi un haut lieu pour le surf, le kite-surf et autres sports de glisse aquatique. Surf-shops et surf-schools se comptent par dizaines à Fuerteventura.
Les Wind-surfers (ou véliplanchistes) sont parmi les premiers à avoir ouvert la voie du tourisme sur cette île. Nous avons rencontré un de ces pionniers qui fréquente Fuerteventura depuis plus de 20 ans. Il nous a raconté que le réel boom touristique sur cet île n’a vraiment eu lieu qu’il y a 5 ans. Pas si étonnant quand on regarde les chiffres : en 1999, Fuerteventura comptait environ 40000 habitants ; aujourd’hui ils sont plus de 90000 à vivre sur cette île. Ces îles, pour lesquelles les Espagnols ont bataillés pendant un siècle pour en obtenir la domination (1402-1496), ont succombé en l’espace de 50 ans aux invasions barbares des touristes, majoritairement allemands et anglais.
Les tempêtes hivernales qui balayent les côtes bretonnes et portugaises sont une aubaine pour les surfers à Fuerteventura. Après chaque phénomène, une longue houle de 4 à 5m vient balayer le littoral canarien et créée parmi les plus belles vagues « d’Europe », enfin d’Europe… ultramarine car nous sommes tout même plus proche du continent africain que de l’Europe.
L’Afrique n’est qu’à 97 km dans l’est de Fuerteventura. Ce sont d’ailleurs les Berbères, qui les premiers ont colonisé ce qu’ils ont appelé les « Iles Eternelles ». On estime que les peuplements Maures commencent à partir de 500 ou 1000 avant JC. Cathaginois et Phéniciens ont commercé avec les Canaries et les ont baptisées les « Iles Fortunées ». Décrites comme des eldorados par les textes de l’époque, pour certains c’est ici même que se trouvait l’Atlantide.


La proximité du Sahara a largement contribué au modelage de Fuerteventura. Le « chergui » ou « sirocco » est un vent d’Est très chaud, qui vient déposer le sable du désert sur les îles les plus à l’Est. Ainsi, au nord-est de l’île, juste au sud de Corralejo, un désert de dune s’étend sur une bande de près de 10 km.
En échangeant des informations avec un autre bateau, nous avions appris qu’il y a un très bon voilier à Tarajalero, dans le sud, qui travaille très bien et à des tarifs raisonnables. L’occasion était donc toute trouvée pour louer une voiture et faire coup double :tenter notre chance chez le voilier et faire un tour de l’île. Pas de chance pour les voiles, le très sympathique voilier n’était pas intéressé par les 2 voiles que nous souhaitions vendre, et il ne pouvait rien faire pour réparer un autre génois que nous avions entassé au fond du bateau. Mais le « japanese’s tour » de Fuerteventura nous a complètement fait oublier les 3 voiles que nous avions dans le coffre. Quasiment 100 km du nord au sud, Fuerteventura est la 2ème plus grande île de l’archipel, mais ses reliefs érodés sont modestes comparés à ses consœurs, elle ne culmine qu’à 807m. Les volcans de l’île ont cessé leur activité depuis bien longtemps, (c’est même la plus vieille île de l’archipel) mais l’ambiance désertique et quasi-lunaire demeure. Le vent omniprésent contraint la végétation éparse à raser le sol. On sent que le combat est permanent pour que la vie puisse exister sur une terre aussi aride. Dans le centre de l’île, des petits villages forment des oasis de verdure ; on cultive sur de petites parcelles entourées de murets de pierre. Mais les quelques 100mm d’eau de pluie par an ne ne sont pas suffisants pour assurer une production régulière. En longeant la côte est, les grands complexes touristiques, bordés de plages de sable blond, offrent une luxuriance un peu arrogante : golf, pelouses, parterres de fleurs, palmeraie, jardins botaniques, spas, piscines. Le choc est brutal : dans une île où l’on manque naturellement d’eau, une telle exubérance de verdure paraît être un peu outrageuse vis à vis de la population locale.


100% de l’eau potable est désalinisée. Dans l’archipel, ce sont 330 usines privées ou publiques, qui, par le procédé de l’osmose inverse, fabriquent de l’eau douce avec de l’eau de mer. Certains grands hôtels, golfs ou résidences touristiques ont même leurs propres usines. A Fuerteventura, depuis 1994, 2 éoliennes ont été installées pour assurer la production électrique nécessaire au fonctionnement des usines de désalinisation. Chaque jour, l’île produit et consomme 40000m3 d’eau.
Une bataille est actuellement en train d’être menée contre un projet de plate-forme pétrolière au large des Canaries. En mars 2012, le Conseil des Ministres Espagnol a donné l’autorisation à Repsol de chercher des hydrocarbures sur une zone de se situant entre 10 et 60 km des îles de Fuerteventura et de Lanzarote. Ce projet inclut le forage d’au moins 2 puits d’exploration de 3500m de profondeur. Ces forages profonds sont extrêmement risqués et constituent, par conséquent, une menace grave pour un écosystème classé « Réserve de Biosphère » par l’UNESCO. Mais ce n’est pas seulement l’une des plus grande réserve marine d’Europe qui se trouve menacée, s’il venait à arriver une catastrophe telle que celle qui s’est produite sur la Plate-forme de British Petroleum dans le Golfe du Mexique. C’est la vie et l’économie des îles qui seraient en péril. L’eau douce ne peut être produite qu’avec de l’eau de mer, une marée noire signerait la fin de la production d’eau. De nombreuses voitures sur l’île arborent donc un autocollant manifestant leur opposition au projet.

La Graciosa : « Ilsa de la Felicidad »


Le 1er février, nous embarquons nos premiers passagers à bord de TASS !! Nous partons passer quelques jours à La Graciosa avec Mat et Yoan. 70 miles au près pour remonter jusqu’au nord de Lanzarote. Soleil, vent 10-15 nœuds de nord-est, ciel étoilé : nous sommes heureux de partager cette belle navigation d’une douzaine d’heure ! L’arrivée de nuit est assez impressionnante : l’Estrecho del Rio, bras de mer qui sépare Lanzarote de La Graciosa est assez étroit, pas plus d’un mile (soit 1,852 km), et, avec l’obscurité, les falaises de Lanzote (plus de 300m) nous donnent un peu le tournis. Nous entrons dans le port de La Caleta Del Sebo et nous amarrons pour la nuit.


Les arrivées de nuit ont quelque chose de magique ; le matin, c’est avec beaucoup d’excitation que l’on découvre l’endroit où l’on a atterri. Et la magie de La Graciosa a opéré dès ce premier matin : petit port aux eaux cristallines, surplombé par les larges et sombres falaises de Lanzote, village harmonieux de maison blanches et bleues, rues non goudronnées. Les habitants de Lanzarote ont coutume de dire : « Quand vous débarquez à la Graciosa, vous pouvez enlever vos chaussures et oublier le reste du monde ! » Nous ne pouvons que confirmer qu’il n’est pas nécessaire de se forcer pour tomber sous le charme simple mais envoûtant de cette île. Pourtant, sur le papier, ces 29 km² de terre aride, plate et sablonneuse, dominés par 4 cratères de volcans culminant à 266 m, n’ont rien d’accueillant. En raison de l’absence de source d’eau douce, La Graciosa fut inhabitée jusqu’en 1876. Des pêcheurs et une conserverie s’y installèrent. Même si le tourisme a certainement largement pris l’ascendant sur l’économie locale, la pêche constitue encore aujourd’hui une activité majeure de l’île. 700 chanceux vivent à La Graciosa ; on y trouve une boulangerie, une boucherie, 4 supérettes, une banque, une pharmacie, une droguerie, une dizaine de bars/restaurants, 2/3 boutiques de souvenirs / location de vélos, une école, un dispensaire, une poste. Bref, tout ce qu’il faut pour vivre confortablement et simplement.


Pour notre bonheur, la météo est des plus clémente pendant les quelques jours que nous passerons ici : peu de vent, soleil et ciel bleu, température > à 20°C la journée, et surtout des vagues pour Mat et Yoan. La Graciosa est aussi un endroit mythique pour les surfers. Pour notre première journée, nous avons parcouru les ¾ de l’île à pied, long-board et surf sous le bras pour Mat et Yoan, à la recherche d’une vague « surfable ». Nous avons découvert des paysages magnifiques, des plages de sable blond et fin, des eaux cristallines, gravit le cratère d’un volcan, mais aucune vague à se mettre sous la dent ce jour-là. Trop gros, trop puissant, trop de courant, trop de vent : enfin pas le jour ou tout du moins pas le bon endroit sur l’île.
Le meilleur moyen pour découvrir La Graciosa est la marche à pied. Les chemins sont nombreux et la plupart ne sont praticables qu’à pied. Notre venue a coïncidé avec le « contrôle technique » des véhicules de l’île. Tous les véhicules, tractopelle et camion compris, sont garés les uns derrières les autres dans la rue principale attendant le tour de visite. Environ 80 4×4 sont autorisés à circuler sur les pistes. Nous sommes surpris par le nombre car il n’y a nul part où aller : 6,5 km sur 3 km et pas plus de 4 pistes pour faire le tour ! Mais tous les surfers (ou touristes) ne sont pas aussi courageux que Mat et Yoan, beaucoup se font déposer en voiture sur les « spots ».


Un petit tour de repérage dans le village nous a permis de sélectionner un restaurant qui ressemble aux cantines qu’on aime bien. Nous y allons le soir ; l’accueil est un peu froid et on a l’impression de déranger. Mais, ce n’est qu’une impression : nous posons une question au sujet d’une photo de La Graciosa qui se trouve dans le menu, et, tout de suite, tout le monde autour de nous commente tout ce qui a changé ces dernières années. Nos base d’espagnol nous ont certainement fait comprendre un peu de travers ce qui s’est dit : soit c’est la plage qui disparu en 5 ans ; soit c’est la végétation qui est apparue sur les dunes en 5 ans… mais il s’est produit un phénomène, c’est certain ! Plat de poisson grillé accompagné des Papas Arrugadas (pommes de terre cuites dans de l’eau très salée jusqu’à évaporation, recette traditionnelle canarienne délicieuse) avec les Mojo Rojo et Mojo Verde, sauces locales :un régal et une bonne soirée !
Le tourisme à La Graciosa est assez limité en cette saison. Les ferries, venant de Lanzarote, tournent presque à vide. Le petit flot de touriste se répartit très vite sur l’île et repart le soir venu. Il est possible de camper gratuitement, des installations sanitaires sont mises à disposition des campeurs. Beaucoup de jeunes espagnols squattent ce camping semi-sauvage pour surfer les vagues de La Graciosa.


Mat et Yoan auront plus de chance avec les vagues les jours suivants, même si les oursins sont de farouches adversaires… Les vagues sont puissantes et déferlent sur de la roche volcanique ; ce ne sont pas des endroits pour débuter le surf. Seuls des initiés osent se lancer dans, ce qui vue de la plage, peut sembler être une sorte de chaos. Mais le spectacle est palpitant et grandiose.
Nous aurons fait tout le tour de cette île enchanteresse et, au village de Pedra Barba, l’autre village de l’île, nous oserons même notre première baignade de l’année, sans combinaison !!
Jeudi 6 février : la météo est prometteuse pour une belle session de surf à Lobos, mais il faut m’arracher à ce bout de caillou. Je ne veux plus partir ! L’envoûtement est trop fort, la quiétude et la douceur de vivre de cette île en font un coin de paradis que je quitte avec beaucoup de nostalgie. Nous nous mettons malgré tout en route à 21h pour arriver au petit matin sur l’île de Lobos qui se trouve à 1 mile au nord de Fuerteventura. La nuit est douce et les dauphins nous accompagnent jusqu’à Lobos. Tass est trop rapide, les 70 miles sont trop vite parcourus et nous devons ralentir le bateau afin d’arriver de jour. L’endroit n’est pas des plus hospitaliers : les vagues déferlent à 30m de notre mouillage et Tass roule généreusement bord sur bord.

Mais l’île de Lobos, c’est un peu la Mecque du surf en Europe : la plus longue « droite » d’Europe. (Pour les non-surfer, une « droite » est une vague qui, lorsqu’elle casse et déferle, déroule et se surfe sur la droite) Mat et Yoan ne perdent donc pas de temps et se jettent à l’eau du bateau, car il nous est impossible de les débarquer en annexe, le quai et la plage sont balayés par les vagues. Ils reviennent 3 h plus tard, fous de joie après une session d’anthologie. Eux qui ont surfé un peu partout dans le monde avouent avoir vécu un des meilleures moments de surf de leur vie. Surfer à Lobos n’est pas toujours possible, la « vague ne marche » qu’avec une houle assez forte de nord-ouest et du vent de nord-est. Les conditions annoncées pour le lendemain promettent encore une belle session, nous décidons donc de rester dormir au mouillage, un peu rouleur, pour être les premiers sur la vague. Mat et Yoan se régalent et profitent d’être seuls ; les autres surfers (+/- 80 adeptes) débarqueront plus tard avec les Zodiacs qui font les navettes entre Lobos et Fuerteventura. L’île de Lobos n’est habitée par des pêcheurs que saisonnièrement, c’est une réserve où l’on peut venir passer la journée. Mais avec la houle, hors de question pour nous de quitter le bateau et d’aller faire un tour sur l’ïle.


Nous quittons le mouillage et regagnons le port de Corralejo. Cette belle semaine a décidément passé trop vite. Mat et Yoan retournent à Cotillo pour encore une semaine de surf avant de retrouver les rigueurs hivernales du Finistère. Nous, nous préparons Tass pour partir à la découverte de La Goméra, une autre île des Canaries, peu connue, enfin en France…

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